Dora d’Istria, la feministe cosmopolite du 19e siècle
Aug 20th, 2009 | By roumanieparis | Category: Dora d'Istria“Je vous parlerai surtout des Parisiennes, d’abord perce que je les connais mieux et ensuite à cause de l’influence que les mœurs de la capitale exercent dans un pays aussi fortement centralisé que la France.
Je commencerai par vous faire remarquer que ce mot de Parisiennes s’entend plutôt des personnes qui passent à Paris une partie de la mauvaise saison que des filles de la grande cité. Les Parisiennes pur sang sont assez rares, et on les trouverait plutôt dans la bourgeoisie que dans la noblesse. On peut donc, on étudiant les femmes de Paris, avoir une juste idée de la variété parfois étrange des types provinciaux. Mais quelle que soit la diversité de caractère que les femmes de l’aristocratie tiennent de leur origine, leur vie, a Paris, se rapproche plus ou moins du même idéal. Or cet idéal correspond assez bien à la vieille locution “vivre noblement” . Vivre noblement signifie vivre sans rien faire. Que dis-je, rien faire? Dans la matinée, on fait des visites. Le soir, on va au bal, au spectacle, ou simplement “dans le monde”. On reçoit un jour par semaine.”
“Des Femmes par une femme”, 1869
Écrivaine de réputation internationale, ayant des études de référence sur la condition féminine, sur l’histoire des pays balkaniques et les coutumes des pays islamiques, Hélène Ghica est aujourd’hui plus connue à l’étranger qu’en Roumanie, sous le pseudonyme littéraire Dora d’Istria.
Elena Ghica a été la nièce de Grigore Ghica IV, le premier prince de laValachie, (1822 – 1829), après un siècle de domination Phanariote.
Le père d’Elena a été un éminent archéologue et l’un des fondateurs de la première collection du musée national de la Roumanie. Sa mère, qui avait la réputation d’être d’une beauté singulière était très admirée par le général comte Kisseleff, le tsar du gouverneur des Principautés roumaines. Elle était une femme érudite, écrivain et traducteur d’œuvres classiques en français.
Enfant prodige, Elena parlait neuf langues étrangères à l’âge de quatorze ans.
Elle a épousé à 21 ans le prince russe Alexander Koltov Massalsky et a suit son mari à la Cour de Nicholas I à Saint-Pétersbourg. Elena a vécu plusieurs années en Russie mais elle n’a jamais partagé le point de vue nationaliste russe de son mari, ni le fanatisme orthodoxe orientale à la Cour de l’Empereur despotique Nicholas. L’indépendance d’esprit et l‘admiration de la culture britannique et française ont déterminé à l’époque de la guerre de Crimée son inévitable exil en Suisse, qui marqua le début de sa carrière littéraire sous le pseudonyme de Dora D’Istria.
Sportive avec une très bonne condition physique elle a été la première femme à escalader le mont Monch dans les Alpes Suisses, implantant au sommet le tricolore roumain.
En 1867, Dora d’Istria devient citoyen honoraire de la ville d’Athènes, un titre qui n’avait pas été accordé qu’une seule fois à Lord Byron.
Voyageuse passionnée, Dora d’Istria a parcouru le monde, y compris l’Amérique du Sud et du Nord et, éventuellement, s’est installée en Italie, à Florence, où elle a passé la dernière période de sa vie. Dans ses voyages à Paris, elle habitait à l’Hotel des Principautés Unies (refuge aux acteurs roumains de la révolution de 1848) entre les années 1828 et 1888.
Dora d’Istria a été considérée comme l’une des plus grandes écrivaines du 19e siècle. Elle a publié un certain nombre de travaux qui ont montré non seulement sa maîtrise en roumain, italien, allemand, français, latin, grec ancien et moderne, russe et albanais, mais aussi sa connaissance des sujets scientifiques et ses vues libérales sur des sujets religieux et politiques. Sa position générale est cosmopolite, mais elle a considéré son principal devoir de faire connaitre la civilisation occidentale à l’Est et de contribuer à l’émancipation des femmes.
