Les souvenirs d’enfance de George Enescu

Nov 14th, 2009 | By roumanieparis | Category: Focus, Georges ENESCO

Georges Enesco (George Enescu en roumain), né le 19 août 1881 à Liveni (Moldavie roumaine) et mort le 4 mai 1955 à Paris, est le plus célèbre compositeur roumain, également violoniste virtuose, chef d’orchestre, pianiste et pédagogue.

Suvenirs de mon pays

“Ma plaine moldave (…) à champs d’orge et de mais, des lambeaux de vieilles forets sans lumière à ses horizons et de vieux villages effacés entre les bouleaux et des saules….Le mien est comme beaucoup d’autres. Comme beaucoup d’autres aussi – mais incomparable – cette maison sans étage, avec sa galerie de bois peinte ou l’on faisait sécher les chapelets d’oignon au soleil. Pas loin (…), une belle église dont les icônes d’or bougent dans les volutes de l’encens. (…). C’était le temps ou la musique s’eveillait autour de moi: ma mère, parfois improvisait sur la guitare et mon père, parfois sur le violon (….). Des rustres en blouses blanches brodées de rouge et de bleu chantaient des doine dans le crépuscule. Aux fêtes, des tziganes, des lautari passaient sur la route”

maison_liveni_moldavie

“Je me rappelle les paysans en blouses blanches, brodées de bleu, chantant au crépuscule. Quant au pays d’alentour, d’autres l’ont mieux décrit que je ne saurais le faire . Ils ont évoqué:

”la mélancolie sans fin des routes roumaines désertes, aux ornières profondes, feutrées d’epaisse poussière , desquelles se dégage, par les grands chaleurs des étés torrides , une senteur de vanille. Pas un arbre, pas un buisson, pas une borne. Par-ci, par-là, un des ces puits à bascule, perdus dans la campagne, évocateurs des temps préhistoriques, avec leur margelle rustique de bois ou de terre battue. Parfois, un lièvre réveillé en sursaut traverse en flèche la chaussée. L’interminable file des chars roumains attelés des boeufs somnolents. Et au loin, très loin, la flûte d’un berger solitaire……”. (Princesse Cantacuzene, Mémoires).

Oui c’est bien là mon pays, et l’image que j’en ai emporté.”

Ma famille

enescu-familleGeorges est le huitième enfant mais seul survivant parmi ses frères et sœurs. Son père est agriculteur moldave propriétaire de ses terres, fils d’un prêtre orthodoxe. Dote d’une mémoire extraordinaire, il a appris en autodidacte le latin, le français et quelques rudiments d’allemand. Il dirige aussi une chorale et il joue un peu le violon; il est accompagné occasionnellement à la guitare par sa femme, Maria, musicienne amateure.

Un drôle d’enfant !

Le petit Georges Enesco apprend les valeurs de la famille paysanne roumaine, la sensibilité et le
goût pour l’aprentissage et les livres. „A quatre ans je savais déjà lire, écrire, faire des addition et des soustractions. J’aimais l’etude et j’avais horreur de presque tous les jeux, surtout des jeux brutaux. Je les trouvais inutiles, j’avais le sentiment du temps perdu.”

L’impact de la musique est fort et définitif

enescu-enfant„Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs d’enfant je rencontre la musique. Tout simplement parce qu’il n’y a jamais eu de frontières entre ma vie et mon art. „

La musique s’offre a George dans la manière la plus naturelle. „J’entendis une orchestre de tziganes qui jouait dans une station balnéaire assez proche de notre village.”

A quatre ans il se fait construire une violon en bois, jouet qui lui permet d’imiter les sons écoutés récemment. „Le lendemain je m’amusai à tendre un fil à coudre sur un morceau de bois et, croyant de bonne fois que c’était un violon j’imitai ce que j’avais entendu la veille. Je sifflai pour imiter la flûte, et, avec des baguettes de bois je contrefis le cymbalum.”

Le deuxième violon, toujours un jouet, offert par ses parents, devient la victime de George:”Je l’ai pris, et, sans plus réfléchir, je le jetai au feu!”. Son ambition va au delà des jeux d’enfance. Seulement l’instrument véritable le rend content, avoir ainsi la possibilité de reproduire avec une grande fidélité des oeuvres musicales connues à cette époque-là.

Son enfance est bercée à la fois par la tradition musicale paysanne (hora, sirba, doina- mélodie plaintive qui traduit la nostalgie et la tristesse, le dor, ce état d’ame spécifiquement roumain), par le style des tziganes et par la musique orthodoxe roumaine.

Un porcher de moins, un musicien de plus

- Si tu veux faire sérieusement de la musique, il faut que tu apprennes la notation
- Mais, papa, la musique, ça se joue, ça ne se lit pas!
- Eh bien! Réplique mon père en gonflant sa voix, si tu veux pas apprendre la musique tu seras porcher!
- Alors, si c’est ça, papa, j’aime encore mieux apprendre la musique

Et voila comment il y eut sur terre un musicien de plus, un porcher de moins”

L’idée d’être compositeur

„Et je me mis à composer – sans réfléchir. Chose curieuse, je ne savais rien, je n’avais rien entendu (….) je n’avais à mes côtés personne pour me guider, et, cependant, j’eus, tout enfant, l’idée fixe d’être compositeur. D’être uniquement compositeur. Avec une idée fixe en tête, on souleve des montagnes, car le fait de rien savoir ni pouvoir n’a jamais empêché un homme obstiné:”

Il faut cultiver les dons de cet enfant et l’envoyer à Vienne

Après avoir appris les premiers pas dans la musique auprès d’un musicien ambulant (lautar), de tradition orale, Enescu est formé au violon par Edouard Caudella, l’un des compositeurs les plus célèbres en Roumanie à cette époque, directeur du Conservateur de Iasi, capitale de la Moldavie. Il conseille Costache d’inscrire son fils, alors âgé de 7 ans, au conservatoire de Vienne. Il y est accepté exceptionnellement, malgré son âge précoce.

Enescu - Vienne

source:
“Les souvenirs de Georges Enesco (Amintirile lui George Enescu) Bernard Gavoty”

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